Vous avez une maladie cardiaque ou vasculaire et vous souhaitez voyager. Moyennant quelques précautions, la plupart des voyages sont réalisables. Voici un tour d'horizon des précautions à prendre avant de s'envoler le coeur léger.

Considérations générales


Les deux problèmes liés à l'expatriation sont le transport en avion (la pression d'oxygène baisse en cabine lorsque l'avion est en altitude), et les conditions physiques et sanitaires sur place.

Les principales contre-indications cardiaques aux transports aériens sont les suivantes :
  • Insuffisance cardiaque décompensée ou mal stabilisée par le traitement.
  • Infarctus récent.
  • Angor (angine de poitrine) instable.
  • Bloc auriculo-ventriculaire non appareillé (risque de syncopes graves).
  • Hypertension artérielle élevée et mal contrôlée.
  • Phlébite ou embolie pulmonaire récente.
En dehors de ces cas particuliers, vous pouvez, après avis de votre médecin, séjourner ou partir travailler à l'étranger en prenant l'avion.

Avant de partir

Visite médicale obligatoire


Cette visite, à effectuer quelques semaines avant votre départ chez votre cardiologue ou votre médecin traitant doit déterminer si votre voyage est réalisable et définir les précautions à prendre. Apportez le maximum d'information à votre médecin sur le lieu, la date, la durée de votre séjour ainsi que sur le climat et l'altitude de votre lieu d'expatriation ou de destination.


Au cours de la visite, de nombreux points seront examinés par votre médecin :
  • Votre état de santé. Des tests complémentaires pourront être prescrits en fonction des maladies en cours ou des facteurs de risques cardiovasculaires (diabète, hypercholestérolémie, hypertension artérielle, tabagisme, surpoids, hérédité) : électrocardiogramme, échographie cardiaque, échographie-doppler des gros vaisseaux, Holter, épreuve d'effort. N'hésitez pas à demander un résumé écrit de votre situation médicale et de vos antécédents. N'hésitez pas le faire traduire en anglais, si possible par votre médecin.
  • La compatibilité de vos médicaments habituels avec ceux de votre trousse de voyage, en particulier les médicaments contre le paludisme, contre la diarrhée, les anti-inflammatoires voire certains antibiotiques.
  • Si vous partez pour une longue durée, discutez de l'approvisionnement en médicaments sachant que de nombreuses contrefactions circulent dans beaucoup de pays. Il faudra vous munir des noms des médicaments en Dénomination Commune Internationale (DCI) qui vous permettra de connaître les équivalences pharmaceutiques dans d'autres pays.
  • Votre régime alimentaire : les précautions à prendre sur place et durant le vol. Discutez en particulier de la consommation de sel qu'il faut envisager si vous recevez des diurétiques et que vous partez dans un pays chaud
  • Les situations à risques : efforts soutenus ou violents, températures, humidité et altitudes extrêmes. En cas d'insuffisance cardiaque, par exemple, un voyage en altitude ou en avion peut être contre-indiqué en raison du manque d'oxygène rencontré dans ces circonstances
  • Votre connaissance des symptômes et des signes d'alertes de votre maladie. Une bonne connaissance de votre maladie réduira votre stress en cas d'anomalie.

Des bagages bien préparés


Voici la liste des pièces importantes à inclure dans vos bagages :

  • Le compte-rendu de vos antécédents médicaux (en français et en anglais).
  • La photocopie de votre dernière ordonnance.
  • La photocopie de votre dernier tracé électrocardiographique.
  • Des médicaments en quantité suffisante, dans une trousse qui doit rester avec vous en cabine.
    Ne mettez pas vos médicaments dans votre valise, ils pourraient être égarés pendant le transport.

Pendant le vol

  • Arrivez à l'aéroport suffisamment en avance pour ne pas être stressé. Prévoyez des vêtements amples et agréables
  • Dans l'avion, l'air est sec. Pensez à vous hydratez régulièrement et ne consommez pas d'alcool.
  • Faites de l'exercice. Pour éviter de rester trop longtemps assis avec les jambes fléchies, levez-vous et marchez, étendez les jambes, faites bouger vos pieds et profitez-en pour respirer profondément.
  • Sur certificat du médecin traitant, vous pouvez utiliser les services des compagnies aériennes pour faciliter le vol : pré-embarquement, chaise roulante, position allongée ou assistance respiratoire.

Sur place

À l'arrivée, prenez un jour ou deux de repos avant d'entamer vos activités.
  • Respectez votre biorythme : couchez-vous à des heures raisonnables et évitez de vous lever trop tôt.
  • Privilégiez les activités sportives douces, comme la marche.
  • Méfiez-vous de l'altitude: la raréfaction de l'oxygène peut causer des troubles à l'expatrié insuffisant cardiaque.
  • Évitez les écarts alimentaires (aliments en trop grandes quantités, trop salés, trop épicés). Attention surtout au sel qui est un facteur d'hypertension artérielle car il force l'organisme à garder de l'eau dans les vaisseaux sanguins. Cette eau est responsable d''dèmes, de la prise de poids et de l'hypertension.

Les cas particuliers

Traitement anti-coagulant

Vous recevez un traitement anticoagulant au long cours pour des troubles du rythme, pour une insuffisance cardiaque, pour un antécédent de phlébite ou d'embolie pulmonaire, ou pour une prothèse valvulaire.

Dans ces cas, il convient d'emporter la liste des médicaments pouvant interagir avec l'anticoagulant. Méfiez-vous particulièrement des antalgiques et des anti-inflammatoires qui sont banals en apparence.

Rappelez vous aussi qu'un changement de régime alimentaire peuvent modifier la coagulation du sang.

Parlez-en à votre cardiologue et prévoyez la possibilité d'effectuer sur place des prises de sang pour mesurer votre TP-INR (test de coagulabilité sanguine).
Anticipez une solution pour adapter les doses d'anticoagulant si cela s'avérait nécessaire.

Prothèses valvulaires et valvulopathies

Dans ces deux cas, des précautions supplémentaires doivent être prises pour prévenir les surinfections :
  • Visite obligatoire chez le dentiste, plusieurs semaines avant le départ, pour vérifier l'état bucco-dentaire.
  • Vigilance et traitement immédiat des plaies et des infections de tous ordres (urinaires, ORL, etc)
  • Consultation en cas de fièvre inexpliquée.

Porteurs de pacemakers ou de défibrillateurs

  • Faites vérifier le bon fonctionnement de votre appareil avant le voyage
  • Signalez au service de sécurité de l'aéroport que vous êtes porteur d'un pacemaker, lors de l'entrée dans la zone d'embarquement et ne passez pas sous les portiques de détection.
  • Évitez les sports violents et les compressions (bretelles de sac à dos, par exemple).
  • Emportez votre carte de porteur de pacemaker.
  • Prévenir le praticien en cas de chirurgie mineure (utilisation d'appareil électrique).

Transplantés cardiaques

  • Si vous êtes transplanté cardiaque, prévoyez vos séjours très en avance pour vous assurer de l'accord de tous vos soignants sur le type de séjour et la destination.
  • Sachez que certaines destinations peuvent être contre-indiquées selon votre état de santé (si vous n'êtes pas vacciné contre la fièvre jaune par exemple) ou parce qu'elles sont à fort risque de contracter une maladie grave. Ne comptez pas voyager pendant les 6 premiers mois après la transplantation.
  • Avant de partir, il vous faudra prendre en compte les risques locaux (épidémies, saisons, catastrophes naturelles).
  • Une éventuelle prophylaxie antipaludique doit tenir compte des problèmes éventuels de tolérance et des risques d'interactions médicamenteuses avec les immunosuppresseurs.
  • Concernant les vaccins, il faudra contrôler la réponse vaccinale car il existe peu d'études disponibles permettant de prédire la réponse vaccinale. Les vaccins vivants atténués sont contre-indiqués (fièvre jaune, rougeole, oreillons, rubéole) et il existe une diminution de la réponse immunitaire pour presque tous les vaccins 
  • Soyez strict sur l'hygiène et le mode de vie car le traitement immuno-suppresseur surexpose au risque d'infections.
  • Apportez vos médicaments dans l'avion avec vous pour ne pas risquer de les perdre si vos bagages sont égarés.
  • Prévoyez des adresses de correspondants locaux pour une consultation en urgence ou pour faire doser vos immunosuppresseurs.