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10/02/2010Maladies sans frontières

Author : Travelsanté

Un article de la directrice générale de l'Institut Pasteur publié par les Échos fait état de la mondialisation des maladies infectieuses. La mondialisation fait naître chaque jour de nouveaux risques pour la santé. La circulation rapide des agents infectieux par le biais des biens et des personnes, les déplacements de population liés aux conflits ou aux famines, facilitent l’apparition ou le développement de maladies, en particulier infectieuses, et leur propagation quasi immédiate à l’ensemble de la planète, pouvant induire une mortalité élevée et un blocage du fonctionnement de nos sociétés.

Les conséquences économiques et financières de ces crises sanitaires sont toujours importantes, comme l’a montré l’exemple du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) à Toronto en 2003. Un seul malade, parti de Hong Kong, a contaminé 225 personnes, provoquant l’arrêt des activités économiques de la ville et des pertes estimées à un milliard de dollars en moins d’un mois.
L’urbanisation croissante (la moitié de la population mondiale vit désormais dans des grandes villes), les modifications climatiques et les changements de modes de vie constituent en outre des facteurs aggravants dans l’émergence et la diffusion de ces nouvelles maladies.
Le Prix Nobel de Médecine décerné en 2008 aux Professeurs Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour leur découverte en 1983 du virus du Sida, nous rappelle que cette maladie, initialement émergente, a évolué en quelques années vers une pandémie dramatique, affectant les cinq continents, touchant cinq millions de personnes par an, souvent parmi les plus démunies, et en tuant trois millions.
Nous devons nous préparer à affronter des maladies, connues ou nouvelles, qui à l’heure de la mondialisation, ne se limitent plus à quelques régions du globe. Ainsi l’épidémie de Chikungunya s’étend en Inde et menace le sud de l’Europe.
Depuis plusieurs années, les démarches et initiatives se sont multipliées face à ces risques et catastrophes sanitaires. Les avancées de la recherche, la mise en place de stratégies préventives innovantes, le développement de nouveaux médicaments et vaccins et leur accès plus large, ont permis d’améliorer globalement le niveau de santé de la population mondiale. Ces progrès ont pu être accomplis grâce à une augmentation des efforts consentis par les Etats, et une montée en puissance des acteurs privés. Ainsi, par exemple, Unitaid, créé à l’initiative de la France, et son système de taxe sur les billets d’avion, finance des traitements contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose.
Néanmoins, ces réponses ne relèvent dans la majorité des cas que de l’intervention, souvent d’urgence. Face aux défis, multiples et complexes, que nous devons relever en matière de santé, il est nécessaire d’anticiper grâce à une analyse prospective et un système d’alerte pertinent. Il convient également d’être prêt à réagir rapidement et de façon synergique, transversale et multidisciplinaire, en permettant aux pays en développement de mener eux-mêmes la lutte contre la maladie. Si l’intervention est bien sûr essentielle, la recherche doit être également développée, au plus près du terrain, sur un pas de temps plus long, nécessaire aux travaux scientifiques. Ces objectifs ne pourront être atteints que par une mobilisation de tous les acteurs internationaux et locaux, privés et publics, Etats et ONG, au sein de programmes communs, basés sur des priorités établies de santé publique.
C’est en ce sens que l’Institut Pasteur s’investit depuis plus de 120 ans pour une réponse transverse et coordonnée au niveau mondial, convaincu que seule la coalition de tous les moyens, des connaissances et des intervenants, à tous les échelons, permettra de lutter efficacement et durablement contre ces risques connus ou nouveaux.
A titre d’exemple récent, l’Institut Pasteur s’est très fortement engagé dès l’apparition des premiers cas de grippe A(H1N1) fin avril 2009 et a mis au point dès le 5 mai un test permettant de détecter le virus en 12 heures. Ce test a ensuite été mis immédiatement à disposition des 27 laboratoires agréés par le ministère de la santé français pour la détection du virus, ainsi que dans de nombreux pays au travers des instituts membres du Réseau international des Instituts Pasteur. Depuis, nous poursuivons nos travaux. Ainsi, l’analyse début décembre d’un virus provenant d’un cas fatal de grippe A(H1N1) a révélé la présence de deux mutations, l’une précédemment décrite dans des cas graves en Norvège, l’autre conférant une résistance au Tamiflu®.
Cet exemple illustre le développement permanent des compétences et des technologies, au coût croissant, qui
permettent de renforcer la réactivité face à un début d’épidémie et d’en réduire les conséquences potentielles par
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Mondialisation : science et santé n’ont pas de frontières - Economie & Entreprise - Société    10/02/10 11:28
permettent de renforcer la réactivité face à un début d’épidémie et d’en réduire les conséquences potentielles par l’adoption très rapide de mesures adaptées. Le temps joue en effet un rôle primordial dans la lutte contre une épidémie débutante.
La formule de Louis Pasteur « le savoir est le patrimoine de l’humanité » n’a de sens que si ce patrimoine, aussi riche soit-il, est au service d’ambitions globales et collectives, pour tous et partout dans le monde. Il nous appartient dès aujourd’hui de construire ce réseau mondialisé de collaborations avec l’ensemble des acteurs de la santé, en conjuguant nos forces, pour relever collectivement les défis de santé publique posés par la mondialisation.
Pr Alice Dautry
Directrice Générale de l’Institut Pasteur

Source : www.lesechos.fr

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